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Moitié-Moitié +

traduction Séverine Magois

 

Cela se passe dans la cuisine d’une maison de banlieue australienne. Deux hommes se retrouvent après dix années d’absence. Deux demi-frères qui ont 20 ans de différence. L’aîné est parti – sans explication – peu de temps avant la mort de leur mère. Il revient – sans explication – se réapproprie le territoire. Ambiguïté. Tension. Amour. Haine. Des questions sont posés, des réponses dérapent. La désinvolture apparente, c’est l’arbre qui cache la forêt. Qui sont-ils vraiment l’un pour l’autre? Comment vont-ils réapprendre à communiquer entre eux ?

Des mots furtifs, des répliques courtes, rythmiques, sonores – et l’humour, souvent, comme un aveu d’impuissance. La traduction de Séverine Magois transcrit magnifiquement toute la musicalité et la finesse de la langue sensible et rythmique de l’auteur, qui vit et vibre très au-delà du texte car l’essentiel est ailleurs.

À mesure que le temps passe, la cuisine se métamorphose. Détruite, elle laisse place à un nouveau territoire métaphorique et émotionnel. De la terre est amenée, un arbre – sculpture totémique pour conjurer la haine – se construit et ce sont finalement les restes de la mère qui nourriront ses racines. Une nouvelle matrice prête pour rejouer les origines.

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Il n’y aura pas de réconciliation verbale entre les deux frères. Il y aura beaucoup plus. Il y aura d’abord, comme le font les éléphants, retour des ossements de l’ancêtre disparu dans le lieu saint de la naissance. Il y aura ensuite le partage d’un voyage peu commun dans la matrice sacrée faite d’eau, d’argile, et de végétaux, d’où les êtres vivants sont nés. Il y aura – par la prière, la danse mais aussi le jeu, la transformation vestimentaire et la réapparition de la peau – invocation des forces meurtries de la terre, reconnaissance de leur puissance sur l’homme, qui, redonné à la nature et à son humilité, va retrouver son corps et sa possibilité de communiquer.
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Un spectacle visuel, musical, charnel et végétal, une œuvre vivante où tous les arts auront été convoqués.
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Pour les Aborigènes, Il faut régulièrement revenir s'abreuver de l'énergie du lieu où l'on a été conçu – sinon les arbres pourraient cesser de pousser et les étoiles de tourner. (Michèle Decoust)