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Sang blanc +

Laurence Levasseur, danseuse et chorégraphe française, travaille depuis plus de dix ans au sein de sa compagnie, Lûlîstan, à l’émergence d’une parole artistique contemporaine dans tous les pays de –stan : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbekistan, Tadjikistan et Afghanistan, où les arts de la scène sont presque inexistants et soumis à d’énormes contraintes politique et religieuses. Un texte, Sang blanc, est né de ce travail, grand cri de douleur, d’amour et de révolte contre la violence faite aux femmes au nom d’une transcendance qui n’a pas de quoi être fière.

Écrit, mis en scène et interprété par Laurence Levasseur, Sang blanc a été créé en avril 2011 au Théâtre de Chaillot à Paris, après deux résidences de création, l’une à Argentan, en France en février 2011, et l’autre à L’Usine C à Montréal en mars 2011. Denis Lavalou, quant à lui, a assuré la direction du jeu.

Lûlîstan et le Théâtre Complice sont actuellement à la recherche de diffuseurs québécois et canadiens pour cette production.

Zoom in zoom out sur la ville +

Résumé

Comment habitons-nous la ville ? De quelle façon sommes-nous traversés par elle ? Quelles sont les limites de la représentation de l’urbanité dans la poésie québécoise actuelle ? Chaque jour, la ville nous altère et nous confronte à l’espace de l’autre. Qu’elle soit fortement inscrite ou plus discrètement disséminée dans les plis et replis d’un poème, l’urbanité donne à voir les traces d’une ville transfigurée par le poète.

Du détail obsédant à la vue panoramique, six poètes et deux musiciens proposent huit espaces, huit tableaux littéraires, sonores et photographiques, huit «déplacements» urbains, autant d’instantanés et de visions fugitives d’une ville dans ce qu’elle a de plus minimaliste, d’abstrait, de lyrique ou d’hystérique.

Moitié-Moitié +

traduction Séverine Magois

 

Cela se passe dans la cuisine d’une maison de banlieue australienne. Deux hommes se retrouvent après dix années d’absence. Deux demi-frères qui ont 20 ans de différence. L’aîné est parti – sans explication – peu de temps avant la mort de leur mère. Il revient – sans explication – se réapproprie le territoire. Ambiguïté. Tension. Amour. Haine. Des questions sont posés, des réponses dérapent. La désinvolture apparente, c’est l’arbre qui cache la forêt. Qui sont-ils vraiment l’un pour l’autre? Comment vont-ils réapprendre à communiquer entre eux ?

Des mots furtifs, des répliques courtes, rythmiques, sonores – et l’humour, souvent, comme un aveu d’impuissance. La traduction de Séverine Magois transcrit magnifiquement toute la musicalité et la finesse de la langue sensible et rythmique de l’auteur, qui vit et vibre très au-delà du texte car l’essentiel est ailleurs.

À mesure que le temps passe, la cuisine se métamorphose. Détruite, elle laisse place à un nouveau territoire métaphorique et émotionnel. De la terre est amenée, un arbre – sculpture totémique pour conjurer la haine – se construit et ce sont finalement les restes de la mère qui nourriront ses racines. Une nouvelle matrice prête pour rejouer les origines.

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Il n’y aura pas de réconciliation verbale entre les deux frères. Il y aura beaucoup plus. Il y aura d’abord, comme le font les éléphants, retour des ossements de l’ancêtre disparu dans le lieu saint de la naissance. Il y aura ensuite le partage d’un voyage peu commun dans la matrice sacrée faite d’eau, d’argile, et de végétaux, d’où les êtres vivants sont nés. Il y aura – par la prière, la danse mais aussi le jeu, la transformation vestimentaire et la réapparition de la peau – invocation des forces meurtries de la terre, reconnaissance de leur puissance sur l’homme, qui, redonné à la nature et à son humilité, va retrouver son corps et sa possibilité de communiquer.
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Un spectacle visuel, musical, charnel et végétal, une œuvre vivante où tous les arts auront été convoqués.
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Pour les Aborigènes, Il faut régulièrement revenir s'abreuver de l'énergie du lieu où l'on a été conçu – sinon les arbres pourraient cesser de pousser et les étoiles de tourner. (Michèle Decoust)

Les Jours Fragiles
Philippe Besson +

d’après le roman éponyme de Philippe Besson
adaptation théâtrale Denis Lavalou

Résumé

Les jours fragiles, ce sont les six derniers mois de la vie d'Arthur Rimbaud racontés par sa sœur dans son journal intime. Vitalie Rimbaud, mère du poète et d'Isabelle Rimbaud, a découvert les carnets de notes de sa fille et commence à les parcourir. En suivant la chronologie proposée par ces carnets, nous revivons à travers les crises, les confidences et les souvenirs, les étapes de la maladie incurable qui aura provoqué la mort du voyageur le 10 novembre 1891, à Marseille, France, dix heures du matin.

Pour autant, ce chemin n’est pas seulement crépusculaire. Il y a des zones de plein feu : réminiscences d’une enfance joyeuse, éclats des tissus et des parfums d’Afrique, rêve d’un voyage repris à deux, présence soudaine et inattendue du désir sous toutes ses formes, mais aussi reconnaissance de la qualité de l’interlocuteur, tombée des masques, levée provisoire des interdits, signes de reddition de part et d’autre pour en arriver à la conscience que, par cette expérience un peu en dehors du temps, chaque figure aura finalement répondu à l'appel de son destin et à une plus grande compréhension de celui-ci.

C’est ce parcours que Philippe Besson – géologue averti des failles subtiles qui trahissent les prémisses des séismes de l’âme – se met à écouter et à fouiller. Partant des textes laissés par Isabelle, mais aussi de la correspondance serrée entre le frère, la sœur et la mère, il recrée les étapes de la révolution d’une âme simple face à la décomposition d’un corps et d’un être qu’il faut à tout prix tenter de reconnaître avant que la mort ne les emporte.

Je suis la résonance de toi-même vibrant depuis le commencement et au-delà de toute mort, pour l'éternité.
(Hermann Broch, La mort de Virgile)

Roche, papier, ciseaux +

Trois courtes pièces de l’auteur australien contemporain Daniel Keene présentées l’une après l’autre sans interruption:

Deux tibias
Roche, papier, ciseaux
La pluie
 

Résumé

Un errant des grandes villes cherche une boite en carton d’une certaine dimension pour en faire la sépulture d’un enfant mort (deux tibias). Un tailleur de pierre mis à pied dont l’existence est devenue un trou béant ne cesse d’entendre les bruits enfouis de sa carrière (roche, papier, ciseaux). Une femme vieille comme le temps se souvient malgré sa mémoire défaillante du cadeau que lui fit un enfant en partance pour les camps de la mort (la pluie). Tous témoignent comme malgré eux de l’absolue nécessité de sauvegarder la mémoire de ce qui fut, sous peine de voir se désintégrer tout ce qui est.

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Une trinité.
Trois textes, trois possibilités de disparitions, trois sauvetages :
Disparition d’un enfant que tous ont oublié,
Disparition d’un métier qui fut toute une vie,
Disparition de milliers de personnes dans la perpétuation des génocides.
Funérailles d’un errant par un autre frère errant,
Funérailles de la beauté quand l’efficacité fait rage,
Funérailles de la mémoire devenue poussière de l’histoire.
Le cri ?
La foi ?
Le dit ?
Tout sera bon sans doute pour éviter le gouffre de l’oubli.

Tous les états du dire +

D’après
Tropisme
L’usage de la parole
Ici
Ouvrez !

 

Résumé

Scrutatrice du plus petit détail, dans chacun de ces ouvrages construits sur le mode du fragment, Nathalie Sarraute plonge à l’intérieur de scènes, de mots, d’expressions d’apparence très banale et se met à l’affût des intentions qui les sous-tendent et des imperceptibles petits changements d’atmosphère qu’ils provoquent chez l’auditeur, pour y déceler les non-dits et tenter de mieux comprendre les humains et le ressort de leur personnalité. Elle va donc passer d’un plan moyen à un gros plan puis même à un plan de microscope électronique  où le geste et le mot deviendront le cœur du sujet et l’objet unique de sa recherche. Des paroles célèbres, comme : «Ich sterbe / je meurs», dernière parole de Tchekhov (dans L’usage de la parole) ou «Le silence de ces espaces infinis m’effraie» de Pascal (dans Ici) aux expressions les plus insignifiantes, comme «ne me parlez pas de ça» (dans L’usage de la parole) elle traque la vie au cœur du verbe et de Tous les états du dire.

Le Shaga & Yes, Peut-être +

Résumés

Le Shaga, conte de la folie ordinaire où trois personnages archétypiques se livrent une lutte d’influence et de pouvoir dans la banalité de leur égocentrisme déjanté.

Yes, peut-être, conte de la folie planétaire où l’auteur nous propose une fiction autour de la destruction de la planète par «l’engeance à guerre» et de son improbable reconstruction.

Avec ce spectacle composé de deux rares comédies absurdes de Marguerite Duras, le Théâtre Complice, poursuivant sa mission exploratoire, ira à la rencontre inédite de l’humour, de l’imagination, de l’ironie et de l’humanité quasi visionnaire de cet auteur majeur du XXème siècle.

*

Plongés dans cette amnésie si caractéristique du théâtre de l’Absurde, bloqués dans un présent qui tourne en rond parce que le passé leur échappe et que le futur est à réinventer, questionnant malgré eux la liberté et ses contraintes, ces trois créatures hautement symboliques vivent dans l’éternelle jeunesse de leurs étonnements tout en dénonçant inconsciemment les pires travers humains.

Puisque qu’hier comme aujourd’hui, ils refusent toute remise en question de leur comportements, nous prévient Marguerite Duras, états et individus foncent tout droit dans le mur de l’auto-anéantissement. C’est ainsi qu’à la lumière des événements récents, l’art et l’histoire sont, une nouvelles fois, rejoints par l’actualité.

L’Homme Assis & Comme des Chaises +

Résumés

L’Homme assis
tragédie

Môle, le chef d’un réseau de contrebande d’alcool dans un pays et à une époque innommés, s’inquiète de ce que sa fille Natte ne soit pas venue le saluer comme elle le fait rituellement chaque matin. D’autre part, il apprend que la « passe » n’est plus bonne. La mêche a été vendue, quelqu’un l’a trahi. S’en suit une enquête rustre qu’il mène auprès de chacun de ses hommes Daube, Bouille, Gervais et Marin, à mesure qu’ils pénètrent dans son antre.  Môle va voir alors ces deux sources d’inquiétude sans lien apparent se river inexorablement l’une à l’autre jusqu’à ce que se referme sur lui le piège qu’il a tendu.

Comme des chaises
comédie

Tuppe et Bibe,  cherchent désespérément à se voir délivrer par le fonctionnaire adéquat des passeports qui leur permettront de rejoindre sur la lune où il a élu domicile, Boppe, leur fils chéri. Les voilà donc tous les deux assis dans l’attente que les ministères leur délivre les précieux documents. Mais tous les fonctionnaires attrapés au vol par l’impatiente Tuppe brillent non seulement par leur incompétence mais par leur profonde indifférence face à la quête incessante des parents.Et sur fond de crise aiguë de la communication, finit par s’imposer l’énorme inutilité de toute cette agitation

Dialogue avec un brillant partenaire +

5 courtes pièces extraites du Théâtre de chambre

Dialogue avec un brillant partenaire
La politesse inutile
La galerie
La serrure
Le meuble

Résumé
Un homme mûr et un naïf se promènent à travers les méandres de l’existence, abordant sur le mode absurde les grandes questions métaphysiques : l’essence de l’être, le but de la vie et la figure de la mort qui plane derrière tout faits et gestes, chaque serrure de la vie, et face à laquelle il est urgent de toujours trouver un jeu, un dérivatif, une occupation pour tenter de se distraire de son obsession.

Aller à la découverte des dessous de l’existence, tenter de percer le mystère des apparences, s’approcher de l’énigme à trois branches que constituent la vie, l’amour et la mort, jouer à se faire peur et avoir peur vraiment, mais aussi se moquer de ceux qui croient en savoir plus comme de ceux qui veulent en savoir trop, c’est ce qui nous est proposé dans ces textes pleins d’esprit et de fantaisie qui portent au fond d’eux-mêmes les interrogations les plus profonde de l’être humain face à sa propre nature.

Mon corps et moi +

Montage Denis Lavalou
 

Résumé

Après avoir fait vivre à son corps tous les excès possible – alcool, drogue, sexe, etc… – en en espérant un peu de vérité et d’oubli, un jeune homme malade décide de s’isoler le temps qu’il faut, dans un hôtel de haute montagne, pour de faire le point.

Le temps d’une immense nuit blanche, emporté par des vagues de souvenirs dont il essaie de se distancier par l’humour et la dérision, il va tenter de se désintoxiquer des autres, de faire taire son intelligence qui le condamne au néant, et d’apprivoiser sa solitude.

Qui est René Crevel ?

Un splendide météore de la littérature des Années Folles, un jeune homme extralucide, frère spirituel de Rimbaud, de Radiguet, de Cyril Collard et de Hervé Guibert. Ami de Breton, d’Éluard, de Dali et de Jouhandeau, pionnier de l’amour libre, premier écrivain à parler ouvertement d’homosexualité, René Crevel s’abreuve à toutes les sources créatrices de son époque pour tenter de donner un sens à sa vie. Du Surréalisme poétique au Surréalisme engagé, du besoin d’écrire au besoin d’aimer, de la drogue à la sexualité, de la soif de l’alcool à la soif de la Foi et avec l’amitié pour reprendre son souffle, il s’est épuisé mais n’a pas trouvé ce qu’il cherchait. Alors, se sachant condamné par la maladie et après avoir lutté dix années avec elle, il a anticipé l’appel et s’est donné la mort le 18 juin 1935, il avait 35 ans. Épinglé sur ses vêtements, un papier disait : Dégoût.

À l’époque de Crevel, la jeunesse, libérée par Gide, la musique et les américains, tournant le dos à une guerre horrible et se masquant les yeux pour ne pas percevoir celle qui s’en vient, n’a plus de repères et manque d’idoles. Elle se grise et oublie sa misère dans les fêtes les plus somptueuses, le jazz, la cocaïne et les alcools forts. En nous parlant de lui, Crevel nous parle de nous : parce que les années tuberculose ont fait autant de morts que les années sida, parce  nous vivons aujourd’hui la même solitude mal admise au milieu des autres, nous souffrons de la même difficulté d’aimer dans l’enchevêtrement des simulacres et des intérêts.