Mon corps et moi

d’après le roman de René Crevel
Spectacle lecture 1996
Théâtre La Chapelle

Montage Denis Lavalou
 

Résumé

Après avoir fait vivre à son corps tous les excès possible – alcool, drogue, sexe, etc… – en en espérant un peu de vérité et d’oubli, un jeune homme malade décide de s’isoler le temps qu’il faut, dans un hôtel de haute montagne, pour de faire le point.

Le temps d’une immense nuit blanche, emporté par des vagues de souvenirs dont il essaie de se distancier par l’humour et la dérision, il va tenter de se désintoxiquer des autres, de faire taire son intelligence qui le condamne au néant, et d’apprivoiser sa solitude.

Qui est René Crevel ?

Un splendide météore de la littérature des Années Folles, un jeune homme extralucide, frère spirituel de Rimbaud, de Radiguet, de Cyril Collard et de Hervé Guibert. Ami de Breton, d’Éluard, de Dali et de Jouhandeau, pionnier de l’amour libre, premier écrivain à parler ouvertement d’homosexualité, René Crevel s’abreuve à toutes les sources créatrices de son époque pour tenter de donner un sens à sa vie. Du Surréalisme poétique au Surréalisme engagé, du besoin d’écrire au besoin d’aimer, de la drogue à la sexualité, de la soif de l’alcool à la soif de la Foi et avec l’amitié pour reprendre son souffle, il s’est épuisé mais n’a pas trouvé ce qu’il cherchait. Alors, se sachant condamné par la maladie et après avoir lutté dix années avec elle, il a anticipé l’appel et s’est donné la mort le 18 juin 1935, il avait 35 ans. Épinglé sur ses vêtements, un papier disait : Dégoût.

À l’époque de Crevel, la jeunesse, libérée par Gide, la musique et les américains, tournant le dos à une guerre horrible et se masquant les yeux pour ne pas percevoir celle qui s’en vient, n’a plus de repères et manque d’idoles. Elle se grise et oublie sa misère dans les fêtes les plus somptueuses, le jazz, la cocaïne et les alcools forts. En nous parlant de lui, Crevel nous parle de nous : parce que les années tuberculose ont fait autant de morts que les années sida, parce  nous vivons aujourd’hui la même solitude mal admise au milieu des autres, nous souffrons de la même difficulté d’aimer dans l’enchevêtrement des simulacres et des intérêts.

Avec l’élégance, la légèreté, l’ironie qui caractérisent sa plume, partager avec René Crevel ces nuits qui n’en finissent plus, la maladie, l’absence de chemin, la tentation de croire, le désarroi des aubes embuées de rêves difficiles, et la soif d’absolu.