C’est ainsi mon amour
que j’appris ma blessure

Fabrice Melquiot
théâtre Lachapelle (2010)
CONSULTEZ LE SITE : http://youtu.be/IdAUc_lrmUA

Résumé

Sur un long banc d’aéroport, assis de dos à une jeune femme dont il devient amoureux fou, un homme perdu soliloque après une nuit d’alcool et de violences. Jaloux comme un Don Quichotte de tous les hommes qui la regardent, il lui avoue sa flamme et lui dévoile son cœur. Il parle, commente, interpelle, questionne et elle ne répond pas. Mais lui parle-t-il vraiment ou tout est dans sa tête ?

Elle se lève soudain. Embarquant dans son avion, elle disparaît. Un autre lien, plus éphémère encore, se crée alors entre notre homme et un inconnu de passage à qui il rend la valise et le billet d’avion qu’il semble avoir volés. Rien d’autre ne se passe, mais, dans son égarement et sa déréliction, ces rencontres étranges et éphémères agissent comme un éveil. Naît alors l’improbable impression d’une possible rédemption.

*

Être ou ne pas être, a dit Shakespeare, aimer ou disparaître, semble nous dire Melquiot. Pulsion de vie ou pulsion de mort, reconnaissance du désir ou négation de soi. Pas d’autre alternative.

Denis Lavalou
– Je trouve dans ces personnages une étrange parenté, une sorte de familiarité immédiate, une compassion aussi, une tendresse. Je les reconnais. Parce qu’ils sont là partout autour de nous, autant qu’en moi-même. Et le théâtre va nous faire entendre l’inaudible, le caché, l’intérieur d’un être humain. C’est plus qu’une radiographie, c’est un micro greffé dans une tête.

Marie-Josée Gauthier
– Aussi, qu’est-ce que le désir de l’homme – ce désir de loup – comme l’appelle Melquiot?
Quel est le cérémonial de cette danse de l’attirance, venue de la nuit des temps ?
Comment notre homme cherche-t-il à se différencier du très banal prédateur masculin tout en empruntant certains de ses codes? Qu’est-ce qu’il fuit? Aura-t-il rencontré l’amour qui va lui permettre d’oublier le chagrin?…

Denis Lavalou
…Ou a-t-il rencontré un ange qui lui donnera, au contraire, plein accès à son chagrin? Cette jeune femme énigmatique, muette parce qu’on ne lui parle pas vraiment, est à la fois un symbole, un fantasme et une incarnation, figure du passé, du présent, de l’avenir, pointe magnifique de l’iceberg du désir, figure transitionnelle qui va lui permettre d’abandonner les vieux souvenirs et de passer à autre chose.

Marie-Josée Gauthier
La faire simplement exister, cette jeune femme, qu’elle ait sa vie propre, teintée, pour nous spectateurs, par le regard de l’homme qui l’observe, est un défi théâtral fascinant.

Ainsi, donner la parole à celles et ceux qui se débrouillent mal avec le langage comme avec leurs sentiments – tels les personnages de Daniel Keene, de Philippe Besson et même ceux de Marguerite Duras – et voir comment cette difficulté de la parole crée une architecture dramaturgique singulière et pousse l’auteur vers une langue d’émotion, à la fois comique, poétique et dramatique.

Ce qui nous a infiniment touchés chez cet homme, c’est ce besoin immense, insensé, de parler, de se confier, alors qu’il est littéralement emmuré en lui-même, à cause de son chagrin d’amour, et à cause de la vie qui semble s’être dérobée sous chaque pas qu’il a fait – et qu’il n’ose plus faire.