Zoom in Zoom out

Zoom in zoom out sur la ville

MARTINE AUDET

AU DÉBUT
TOUT UN ROMAN
JE SUIS TÉMOIN
EN QUELQUE SORTE
PAR DERRIÈRE ELLE
ET JUSQU’AU MOINDRE ADJECTIF

À PEU PRÈS TOUT ET
LE CHIEN
SANS L’ATTRAPER
PAR LES BRANCHES
LES ARBRES DE NEIGE
AU BOUT DES LAISSES

DÉJÀ LE RÊVE
LES PRÉTENDUES PURETÉS
JE SECOUE LA NEIGE
DE MES VÊTEMENTS
LA VÉRITÉ MONTE
TRÈS HAUT

L’APPARENCE DU VENT
SAUF UN MANTEAU
POUR L’ESSENTIEL
EST SANS REPÈRE
JE MEURS D’UN SEUL COUP
SOUVENT TU M’ÉVEILLES

PATRICK LAFONTAINE

J’ai besoin du soir pour être heureux. Quand les bureaux de cartes de crédit sont fermés et qu’Hochelaga fume son joint. Dans les rues les autos roulent à 100, les enfants traînent, des télés jouent sur les balcons. Le night life dans ce qu’il a de plus night.

sur le trottoir
en face juste après
la ruelle se trouve
une pause
le temps de mettre ses gants
de serrer la sangle du parapluie
observer l’aveugle
marcher vers le couchant

d’autres fois elle
ne s’arrête pas
me laisse seul
immobile à la fenêtre

DANY BOUDREAULT

nous sommes caravane
nous n’arrêtons pas d’arriver
quand nous nous touchons
nous devenons des arbres fous
on se risque la plaie
il faut beaucoup de cheveux pour continuer la tête
on prend les bras après soi
on se prend la race autour
on se fonce dans l’un
on se chie dans l’autre
il faut que ça pue
de la laine très mouillée
quelque chose qui résonne sans avenir
une histoire sans slogan

JOËL POURBAIX

D’une bifurcation à l’autre, les ruelles avalent mes pas, m’obligent à être là. À être. Me voilà seul avec la fente du ciel.

J’entrevois un enfant niché à une fenêtre, des conversations égouttent leurs mots à l’abri du soleil, les habitants ne tissent aucun fil d’Ariane et n’entretiennent aucun monstre. Ils vivent.

Je mesure les lenteurs de la vie
dans les rues du monde
je traîne un désir
boiteux et trébuchant
voilà ce qui arrive
quand je cherche à lire l’avenir
mais chaque ville connaît
l’heure où le soleil rampe
chaque église dévoile
son lampion enfumé

chaque impasse bouge
de son pas de chat
chaque rire de l’enfant
inquiète mon silence

RENÉE GAGNON

Contour tracer
sur une carte une ligne
des lignes rouges bleues noires la mienne par-dessus épaisse
montre
définit plan horaire hors contretemps

me repère
dans périmètre à peu près ovale
pour connaître pour je me pointe dedans
me rappelle mes coordonnées mon sud mon nom mon sens de rue mon côté: est
me dessine femme allumette à l’intérieur
courage pour contour m’en donner sur la carte le corps comme lieu perdu
qui marche en

***
sur le coin de la rue
tourne la tête le cou l’épaule
tourne la tête le cou l’épaule
reste planté

n’y a-t-il d’ombre
que pour témoigner de la nuit

tu me parles du connu
les vents montent comme une fièvre

le fleuve se tend jusqu’à mon oeil

voilà son or
sa lumière coupante
la ville alors bat sans effort
et te voilà

te voilà au noeud de mes poignets

MARTINE AUDET

Zoom in zoom out sur la ville

Zoom in zoom out sur la ville

Conception et réalisation
Linda Bonin et Denis Lavalou

avec les poètes
Martine Audet
Dany Boudreault
Renée Gagnon
Patrick Lafontaine
Joël Pourbaix

mise en lecture
Denis Lavalou

musicien
Martin Tétreault

montage des textes
Linda Bonin et Denis Lavalou

assistance à la mise en lecture et régie lumière
Sabrina Gilbert

direction technique et régie son
Simon L. Lachance

Micros
Jacques Piperni

Graphisme
Hugo Guerreiro

Crédit Photo
Renée Gagnon

Production THÉÂTRE COMPLICE
Avec le soutien de la Maison de la Culture HOMA

Diffusion

Maison de la culture HOMA
dans le cadre de la 9e Quinzaine de la poésie de Montréal

n’y a-t-il d’ombre
que pour témoigner de la nuit

tu me parles du connu
les vents montent comme une fièvre

le fleuve se tend jusqu’à mon oeil

voilà son or
sa lumière coupante
la ville alors bat sans effort
et te voilà

te voilà au noeud de mes poignets

MARTINE AUDET

Zoom in zoom out sur la ville

Résumé

Comment habitons-nous la ville ? De quelle façon sommes-nous traversés par elle ? Quelles sont les limites de la représentation de l’urbanité dans la poésie québécoise actuelle ? Chaque jour, la ville nous altère et nous confronte à l’espace de l’autre. Qu’elle soit fortement inscrite ou plus discrètement disséminée dans les plis et replis d’un poème, l’urbanité donne à voir les traces d’une ville transfigurée par le poète.

Du détail obsédant à la vue panoramique, six poètes et deux musiciens proposent huit espaces, huit tableaux littéraires, sonores et photographiques, huit «déplacements» urbains, autant d’instantanés et de visions fugitives d’une ville dans ce qu’elle a de plus minimaliste, d’abstrait, de lyrique ou d’hystérique.

n’y a-t-il d’ombre
que pour témoigner de la nuit

tu me parles du connu
les vents montent comme une fièvre

le fleuve se tend jusqu’à mon oeil

voilà son or
sa lumière coupante
la ville alors bat sans effort
et te voilà

te voilà au noeud de mes poignets

MARTINE AUDET