Sang blanc

Sang blanc

Tendre Mohira, tu n’as pas quitté mes paupières ;
Je connais ces femmes au sourire d’or et d’argent
La brûlure a hurlé jusque dans leurs cerveaux ;
Douce Mohira, toute ronde, avec tes petites mains potelées
Posées sur tes genoux  Et ton regard
Ton regard couché vers le sol
Ton regard noir comme la suie
Et ta voix  si calme si patiente
Je l’entends cette brûlure, ces langues dressées vers le ciel ;
Cramée, cramoisie, collée, j’ai caressé cette peau
Blette, durcie, flétrie,
Racornie, scarifiée, putréfiée,
Ciselée, lacérée par l’horreur, j’ai caressé cette peau ;
La tienne,
Celle qui dépassait silencieusement de ta manche
Celle qui débordait doucement de ton col happant
La fraîcheur du vent,
Le feu ne pourra plus rien te faire désormais
Je te le promets,
Le feu ne pourra plus Rien
Il s’est endormi
Tapi au cœur de ton ventre ;
Viens je ne ferais pas de bruit
Couches-toi sur mon sein ;
Là-bas les neiges brillent de mille feu
Les fleurs jaillissent à leurs pieds
Les feus sont arcs-en-ciel
Plus loin encore, il y a la mer
Cette eau mouvante douce comme le lait
Et le ciel qui se fond en elle ;
Les arbres ne meurent jamais
Et le bruissement de leurs feuilles
Berce le sommeil de nos pères ;
Ne rêve pas le ciel
Rêve cette terre

 

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Sang blanc

Laurence Levasseur, danseuse et chorégraphe française, travaille depuis plus de dix ans au sein de sa compagnie, Lûlîstan, à l’émergence d’une parole artistique contemporaine dans tous les pays de –stan : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbekistan, Tadjikistan et Afghanistan, où les arts de la scène sont presque inexistants et soumis à d’énormes contraintes politique et religieuses. Un texte, Sang blanc, est né de ce travail, grand cri de douleur, d’amour et de révolte contre la violence faite aux femmes au nom d’une transcendance qui n’a pas de quoi être fière.

Écrit, mis en scène et interprété par Laurence Levasseur, Sang blanc a été créé en avril 2011 au Théâtre de Chaillot à Paris, après deux résidences de création, l’une à Argentan, en France en février 2011, et l’autre à L’Usine C à Montréal en mars 2011. Denis Lavalou, quant à lui, a assuré la direction du jeu.

Lûlîstan et le Théâtre Complice sont actuellement à la recherche de diffuseurs québécois et canadiens pour cette production.

Sur la table, de nombreux projets de création. Des textes qui nous interpellent, des auteurs à faire découvrir ou redécouvrir, des personnages captivants d’humanité blessée. Réagissez à ces propositions !