Moitié-Moitié

Moitié-Moitié

– tu as le projet de rester longtemps ?
– je n’ai pas fait de projets
– tu en as forcément fait
– pourquoi ça ?
– les gens en font d’habitude
– ah oui ?
– t’en as donc jamais entendu parler ?
– j’en ai entendu parler seulement je n’y croyais pas
– pourquoi donc ?
– on n’aurait pas dit à l’entendre que ça pouvait être vrai
– tu n’as pas de valise
– je n’en ai pas besoin
– tu as tout laissé derrière toi ?
– j’ai laissé une dépression dans le matelas sur lequel j’étais couché
– tu as été malade ?
– je ne me suis jamais senti aussi bien
– tu n’as pas bonne mine
– toi non plus
– je suis pas malade
– tu devrais toucher du bois quand tu dis ça
– mais je suis pas superstitieux
– tu es religieux ?
– je pense que la religion n’est que superstition
– tu connais quelque chose à la théologie ?
– des brins et des bribes
– des brins et des bribes de théologie ne te valent rien ils ne te mèneront nulle part
– ça m’intéresse pas plus que ça
– ne t’intéresse pas ?
– non
– je trouve ça sidérant
– donc combien de temps comptes-tu rester ?
– aussi longtemps que tu voudras de moi
– combien de temps ça fera d’après toi ?
– aucune idée
– tu n’as pas mûrement pesé la question dis ?
– pas pesé du tout

Longue pause

– où étais-tu passé ces neuf dernières années ?
– plus proche de dix
– tu as été en prison ?
– quel crime j’ai commis d’après toi ?
– tu peux en avoir commis plus d’un
– c’est vrai
– ou aucun du tout
– pourquoi mettrait-on en prison un innocent ?
– ça arrive ça s’est vu
– tu penses que c’est arrivé ?
– j’aurais pu ne pas être là quand tu es arrivé j’aurais pu avoir bougé il aurait pu y avoir des inconnus à vivre ici
– c’était la maison de notre mère
– j’aurais pu l’avoir vendue
– pourquoi tu la vendrais ?
– si quelqu’un me faisait l’offre adéquate
– il faudrait que j’y consente
– à condition que je te trouve
– il faudrait que tu me trouves
– et si je ne pouvais pas ?
– alors tu ne pourrais consentir à aucune offre quelle qu’elle soit il faut que nous y consentions tous les deux la maison nous appartient à tous les deux c’était la maison de notre mère elle l’a achetée elle-même elle a travaillé et trimé pour gagner de quoi l’acheter elle l’a achetée pour nous c’était tout ce qu’elle avait à nous laisser
– tu n’aimes pas cette maison
– j’ai jamais aimé cette maison
– si je la vendais t’aurais la moitié de l’argent
– je savais que tu serais là je savais que tu n’aurais pas bougé
– je ne suis pas prêt à bouger pas encore
– sans doute que tu mourras ici tu seras exposé dans la salle de séjour tout comme elle
– sans doute que tu mourras ici tu seras exposé dans la salle de séjour tout comme elle
– je ne pense pas que ça se fasse encore
– quoi ?
– exposer les gens dans la salle de séjour
– ça fait seulement dix ans de ça combien de choses ont pu changer en dix ans ?
– pas mal de choses
– en tout cas une fois qu’une personne est morte elle peut avoir tout ce qu’elle veut si tu veux être exposé dans la salle de séjour je veillerai à ce qu’on le fasse avec tous les accessoires
– qu’est-ce qui te fait croire que tu me survivras ?
– je ne pourrais pas te laisser à la merci d’inconnus
– on est tous à la merci d’inconnus
– je croyais que tu avais dit ne rien connaître à la théologie
– j’ai dit connaître des brins et des bribes
– quels brins ? quelles bribes ? tu sais que tu me fascines
– qu’est-ce que tu comptes faire ?
– à quel propos ?
– à propos de ta situation
– c’est quoi ma situation ?
– je ne t’attendais pas
– tu attends quelqu’un d’autre ?
– j’ai perdu l’habitude d’attendre quoi que ce soit
– je savais que tu serais surpris
– d’habitude je n’ouvre pas la porte aux gens passé dix heures du soir
– tu as souvent des gens qui passent tard le soir ?
– je n’ai jamais personne qui passe je ne l’encourage pas
– je serais arrivé plus tôt si mon état l’avait permis
– quel état ?
– l’état où j’étais à l’heure où je suis parti
– parti d’où ?
– il a fallu que je voyage à bon marché le trajet était long et peu confortable et le bus prenait un grand retard sur l’horaire annoncé
– tu venais d’où ?
– qu’est-ce que ça fait maintenant que je suis arrivé ?
– où étais-tu passé ces neuf dernières
– presque dix
– ces dix dernières années ?
– putain qu’est-ce que ça fait ?

[…]

– tu sais ce que je déteste ?
– non

Ned se lève de sa chaise
Il arpente la cuisine
Il tourne autour de Luke

– toi je te déteste je t’ai toujours détesté je crois depuis l’instant où j’ai ouvert mes yeux nourrissons c’était toi debout au pied de mon petit lit une clope pendue à la bouche ? c’était toi qui me tenais dans tes bras crasseux tandis que notre mère défaisait ses boutons pour que je tète ? c’était toi qui me torchais le cul ?
– mes bras étaient crasseux à cause du travail que je faisais pour vous payer à elle et toi des patates et du pain
– des patates et du pain ? on ne m’a jamais fait la vie si belle
– on s’occupait de toi
– c’était toi qui m’as traîné à l’école pour mon premier jour de classe ? c’était toi qui te tenais l’œil bordé de larmes me faisant au revoir avec un mouchoir devant la grille de l’école ?
– une petite merde comme toi ? qui te ferait au revoir ? qui verserait des larmes sur un petit pisseux comme toi ? y aurait qu’un putain de saint pour faire ça

[…]

– quelle espèce de fils étais-tu ?
– j’étais le fils qu’on avait créé
– le frère
– le frère que tu n’as jamais eu
– j’ai créé un frère et tu étais lui
– ce que pour toi j’étais jamais je ne l’ai été pour moi-même
– tu étais tout pour moi je t’ai appelé j’ai appelé j’ai planté mes semences dans tes oreilles j’ai peint mon visage dans tes yeux
– tu te méprenais
– il semblerait que oui
– semblerait ?

[…]

c’est quand vient la nuit que je vois le mieux je vois qu’il n’y a pas d’échappatoire pas pour moi échappatoire à quoi ? pas à moi de savoir qu’est-ce que je sais ? je me connais ça n’aide pas

[…]

– Ned
– oui Luke

Pause

– que dirais-tu être la base de notre relation ?
– quelle relation ?
– je veux dire en dehors d’un mépris mutuel
– je pense que le mépris est un peu sophistiqué pour nous
– l’exécration ?
– ça aussi
– nous devons bien être capables de quelque chose
– de tolérance ?
– ne sois pas idiot

[…]

– le paradis ?
– quand cela n’a-t-il pas été le paradis ?
– toute notre vie
– qu’a-t-elle été ?
– les commencements sont toujours difficiles
– ce qui il y a un instant était le commencement se dissout en un regard
– n’en dis pas plus

Poser un acte, inconscient, instinctif et nécessaire qui va permettre aux deux frères en perdition de retrouver l’essence de leur humanité – et de survivre. Ici, replonger aux origines du monde par la recréation du Jardin sacré. Se relier ainsi à la Terre Mère et faire fleurir à nouveau le territoire dévasté de la fratrie.

Moitié-Moitié

Radio-Canada, émission Désautels, par Marie-Christine Trottier, mercredi 26 septembre 2007
Contrairement au titre, moitié-moitié est un spectacle total sans demi-mesure (…) Deux comédiens formidables complètement habités : Denis Lavalou – c’est un proche du metteur en scène, et c’est lui qui aurait eu cette idée du texte de Daniel Keene – et l’autre comédien est Cédric Dorier. C’est vraiment sous les mots et sous le rythme que tout se passe. Une parole étouffée que ces deux-là vont nous livrer avec de temps en temps ce brin d’humour … (qui) nous arrive comme des petites touches de couleurs. (…) C’est une pièce qui parle, un texte qui a beaucoup de sens sur la perte des repères, sur la prière nécessaire au défunt, sur notre origine. Un texte aussi signifiant sur l’appartenance réciproque. (…) Tout ça a beaucoup de force notamment grâce à cette mise en scène qui est on ne peut plus inspirée. Je dis bravo à moitié-moitié !

MONTHEATRE.COM, David Lefebvre, jeudi 29 septembre 2007
Au niveau des décors, Charles-Antoine Roy et Anne-Marie Rondeau ont accompli un travail impeccable. Nicolas Descôteaux, à la conception des éclairages, et le duo Larsen Lupin à la trame sonore, contribuent aux différentes ambiances qui se dégagent de la pièce. La mise en scène de Kristian Frédric s’ajuste parfaitement aux mots et aux rythmes que ceux-ci imposent : sa direction d’acteurs est précise (grâce, entre autres, au travail du corps effectué par Laurence Levasseur), à la fois réaliste et déphasée, décalée. Les deux comédiens (Denis Lavalou et Cédric Dorier) sont solides, se prêtant corps et âme au texte et à la mise en scène.

LE DÉLIT, Victor Raynaud, mardi 2 octobre 2007
Les deux acteurs, Cédric Dorier et Denis Lavalou sont remarquables. À l’aide de dialogues et parfois même de monologues très rythmés, ils réussissent à faire partager l’émotion que leur personnage ressent. Tout semble minuté et naturel, presque musical aux oreilles du spectateur. Cette musicalité gagne en puissance à mesure que la pièce se déroule. (…) moitié-moitié et une pièce très réussie, tant par cette mise en scène sobre et épurée que par un jeu d’acteur d’une aisance et d’une maîtrise extrêmes.

TOURNÉE FRANCE SUISSE – Janvier à mai 2008

LE JOURNAL DU PAYS BASQUE, Rémi Rivière, jeudi 24 janvier 2008
Violence sismique maîtrisée au plus juste, dans un décor tout juste enveloppant comme une caméra aimante. Une esthétique cinématographie, où la musique s’impose pour séparer les scènes, où la lumière souligne doucement cette épaisseur sombre des silences, cette rythmique improbable que l’on sent battre d’emblée et qui donne vie au jardin originel, plein des restes d’une mère et d’un amour primitif. (…) Personnages déchirés aux discours improbables qui trouvent une cohérence parfaite dans la réconciliation fertile et dans la connivence des acteurs.

LE TEMPS, Genève, Marie-Pierre Génécand vendredi 8 février 2008
Une mise en scène impressionniste dans laquelle effets visuels et sonores viennent peu à peu détraquer un espace familier. Un écrin à cran, parfait pour Cédric Dorier et Denis Lavalou qui composent une fratrie dévastée. (…) Cette partition toute en progression, laisse une large place aux sensations. De plus en plus humains, le son, la lumière et le décor accompagnent les frères dans cette découverte du lien. Des personnages servis par des comédiens à fleur de peau, hantés par leurs démons, puis libérés quand culmine la réconciliation.

LA LIBERTÉ, Fribourg, Élisabeth Haas, samedi 16 février 2008
Le ciné inspire une mise en scène réussie.
L’aîné, charismatique Denis Lavalou, est plus perturbé que ne le laisse transparaître son côté rustre et sauvage. Le cadet, touchant Cédric Dorier, n’est pas si fragile et enfant que ne le laisse supposer son corps rentré, noué. Ils échangent leurs vêtements et finissent par se ressembler, tels deux jumeaux. Il ne s’agit pas de personnages réalistes : Luke et Ned représentent tous les hommes, frères d’humanité. (… ) Une œuvre forte.

L’HEBDO, Suisse romande, Anne-Sylvie Sprenger, mardi 18 février 2008
Atmosphère lourde et grise, diablement cinématographique, pour cette création tout en subtilité. Sur scène, deux comédiens portent le joug du deuil maternel et de l’incompréhension de deux demi-frères devenus des étrangers: Denis Lavalou et le Lausannois Cédric Dorier, tous deux magnifiques. Ils sont les Caïn et Abel de cette tragédie de Daniel Keene, où la lumière guette toujours sous l’ombre noire et jaillit du tombeau même de leur mère. La poésie y côtoie l’humanité la plus désespérée. La langue est ciselée, quotidienne ou lyrique. Les gestes précis et vibrants d’une âme tour à tour féroce et bouleversante.

LA TRIBUNE DE GENÈVE, Lionel Chiuch 23-24 février 2008
Talentueux dompteur de vertiges, Kristian Frédric – qui ne cache pas ses influences cinématographiques – glisse de la poussière aux étoiles, du fini à l’infini, sans jamais perdre une once d’acuité. Guidé par cette focale précise, le public se laisse happer à son tour par l’étrange «organisme» qui se déploie sur scène. Denis Lavalou et Cédric Dorier, qui jouent Luke et Ned, sont d’autant plus remarquables qu’il leur faut à la fois nourrir cet organisme et s’en détacher ! Le premier avec âpreté, le second en arborant une fausse fragilité. C’est pourtant bien la même détermination qui anime leurs personnages. Et qui, au terme d’une étonnante métamorphose, leur ouvrira l’horizon d’une possible réconciliation.

LA MARSEILLAISE, Denis Bonneville, samedi 29 mars 2008
De façon très cinématographique, le texte de Daniel Keene, brut et glauque, généreux et profond, est exalté, magnifié, dans une lente mais incessante amplification du plateau, par la mise en scène au cordeau de Kristian Frédric. Mais ce sont surtout les deux comédiens, Cédric Dorier et Denis Lavalou, qui saisissent aux tripes les spectateurs.

WWW.LESTROISCOUPS.COM, Paris, Estelle gap, dimanche 18 mai 2008
Dans un décor magnifique inspiré du cinéma américain des années 50 – quelque part entre Tennessee Williams et John Huston – le metteur en scène Kristian Frédric signe un spectacle fort et dérangeant. (…) On admire la performance des comédiens. Denis Lavalou (Luke) réussit, avec une concentration exceptionnelle, à maintenir son corps sous tension, tandis que Cédric Dorier (Ned) impose une présence discrète et tourmentée.

PAROLES DE SPECTATEURS

Toute une performance d’acteurs!
Un spectacle d’une grande intensité. Les acteurs parlent mais leurs corps crient! On sent une appropriation complète et sensible du texte de Daniel Keene. Denis Lavalou et Cédric Dorier forment un duo d’acteurs d’une grande qualité qui vient nous toucher dans notre propre lien de filiation. Allez voir ça, c’est du grand théâtre et il ne reste que très peu de soirs avant qu’ils repartent dans les vieux pays.
Annie Barsalou  |  Ven. 12 octobre

Moitié-moitié : pleinement satisfaite!
Huis-clos très intéressant de deux frères qui se retrouvent dans la maison familiale sur le déclin. Au début de la pièce, tout semble les séparer : l’âge tout d’abord, puis l’alcoolisme de l’un – remarquablement joué par Denis Lavalou – et la trop grande solitude de l’autre. Puis la relation évolue au fil de la pièce, les ressentiments s’effacent et c’est les deux solitudes qui s’affrontent alors à nu. Cette pièce est une belle représentation de la complexité des liens familiaux et de l’amour-haine fraternel. C’est aussi une réflexion profonde sur le deuil et la solitude. Le décor très simple s’avère plein de surprises et l’utilisation qui en est faite est impressionnante de créativité. En un mot BRAVO!
Adèle  |  Jeu. 11 octobre

Performance d’acteurs
Le jeu des deux acteurs fut exceptionnel. Ceux-ci ont offert une performance incroyable et ainsi donné vie à ces deux frères et à ce texte exigeant et étonnant, mais également touchant. Du théâtre fort, de qualité sur tous les points, à voir assurément.
Sylvie Ferron  |  Lun. 1 octobre

Poser un acte, inconscient, instinctif et nécessaire qui va permettre aux deux frères en perdition de retrouver l’essence de leur humanité – et de survivre. Ici, replonger aux origines du monde par la recréation du Jardin sacré. Se relier ainsi à la Terre Mère et faire fleurir à nouveau le territoire dévasté de la fratrie.

Moitié-Moitié

Moitié-Moitié

Mise en scène

Kristian Frédric

avec

Ned Cédric Dorier
Luke Denis Lavalou

Assistance mise en scène et Régie Plateau

Sabrina Gilbert

Assistance au jeu

Marie-Josée Gauthier

Dramaturgie

Denis Lavalou

Scénographie

Charles-Antoine Roy

Assistance décor Anne-Marie Rondeau
Lumière Nicolas Descôteaux
Musique originale et conception sonore Larsen Lupin
Costumes Anne-Séguin Poirier
Maquillages Florence Cornet
Travail du corps Laurence Levasseur

Direction de production

Maryse Beauchesne

Direction technique et régie lumière Simon L. Lachance
Assistance direction technique et régie son Franck Girodo
Assistance au plateau Cédric Lord

Photos spectacle

Yannick McDonald

Le texte de la pièce a été publié aux Éditions Théâtrales, Paris 2003

Traduction : Séverine Magois

Coproduction

Théâtre Complice (Montréal)
Lézards Qui Bougent (France)
Les Célébrants (Suisse)

et

Usine C (Montréal-Canada)
Scène Nationale Bayonne-Sud-Aquitain (Bayonne-France)
Théâtre de Vidy (Lausanne-Suisse)
Théâtre de la Ville (Paris-France)
Espace Nuithonie (Villars-sur-Glâne-Suisse)
Nouvelle Scène / Théâtre de la Vieille 17 (Ottawa, Canada)
Théâtre du Crochetan (Monthey-Suisse)
Théâtre de l’Éphémère (Le Mans-France)
et
O.A.R.A – Office Artistique de la Région Aquitaine (Bordeaux-France).

Diffusion

Canada(septembre à novembre 2007)
– USINE C, Montréal
– La Nouvelle Scène, Ottawa

Suisse (février, mars, 2008)
– Théâtre du Grütli, Genève
– Théâtre de Vidy (Lausanne-Suisse)
– Théâtre du Crochetan (Monthey-Suisse)
– Espace Nuithonie (Villars-sur-Glâne-Suisse)

France (Janvier à mai 2008)
Théâtre d’Arcachon – Arcachon Culture (Arcachon-France)
Scène Nationale Bayonne-Sud-Aquitain (Bayonne-France)
TNBA (Bordeaux-France)
L’Esplanade du Lac (Divonne-les-Bains-France)
ABC de Dijon (Dijon-France)
Le Théâtre de la Madeleine (Troyes-France)
Théâtre Edwige Feuillère (Vesoul-France)
Théâtre de Vienne (Vienne-France)
Théâtre Toursky (Marseille-France)
Théâtre de Grasse Scène conventionnée (Grasse-France)
Théâtre de l’Éphémère (Le Mans-France)
Théâtre de la Ville (Paris-France)

Poser un acte, inconscient, instinctif et nécessaire qui va permettre aux deux frères en perdition de retrouver l’essence de leur humanité – et de survivre. Ici, replonger aux origines du monde par la recréation du Jardin sacré. Se relier ainsi à la Terre Mère et faire fleurir à nouveau le territoire dévasté de la fratrie.

MONTHEATRE.COM, David Lefebvre, jeudi 29 septembre 2007

La pièce possède de grandes qualités esthétiques, même si le plus spectaculaire se manifeste tardivement. Au niveau des décors, Charles-Antoine Roy et Anne-Marie Rondeau ont accompli un travail impeccable. Nicolas Descôteaux, à la conception des éclairages, et le duo Larsen Lupin à la trame sonore, contribuent aux différentes ambiances qui se dégagent de la pièce. La mise en scène de Kristian Frédric s’ajuste parfaitement aux mots et aux rythmes que ceux-ci imposent : sa direction d’acteurs est précise (grâce, entre autres, au travail du corps effectué par Laurence Levasseur), à la fois réaliste et déphasée, décalée. Les deux comédiens (Denis Lavalou et Cédric Dorier) sont solides, se prêtant corps et âme au texte et à la mise en scène.

La pièce possède de grandes qualités esthétiques, même si le plus spectaculaire se manifeste tardivement. Au niveau des décors, Charles-Antoine Roy et Anne-Marie Rondeau ont accompli un travail impeccable. Nicolas Descôteaux, à la conception des éclairages, et le duo Larsen Lupin à la trame sonore, contribuent aux différentes ambiances qui se dégagent de la pièce. […]

Moitié-Moitié

traduction Séverine Magois

 

Cela se passe dans la cuisine d’une maison de banlieue australienne. Deux hommes se retrouvent après dix années d’absence. Deux demi-frères qui ont 20 ans de différence. L’aîné est parti – sans explication – peu de temps avant la mort de leur mère. Il revient – sans explication – se réapproprie le territoire. Ambiguïté. Tension. Amour. Haine. Des questions sont posés, des réponses dérapent. La désinvolture apparente, c’est l’arbre qui cache la forêt. Qui sont-ils vraiment l’un pour l’autre? Comment vont-ils réapprendre à communiquer entre eux ?

Des mots furtifs, des répliques courtes, rythmiques, sonores – et l’humour, souvent, comme un aveu d’impuissance. La traduction de Séverine Magois transcrit magnifiquement toute la musicalité et la finesse de la langue sensible et rythmique de l’auteur, qui vit et vibre très au-delà du texte car l’essentiel est ailleurs.

À mesure que le temps passe, la cuisine se métamorphose. Détruite, elle laisse place à un nouveau territoire métaphorique et émotionnel. De la terre est amenée, un arbre – sculpture totémique pour conjurer la haine – se construit et ce sont finalement les restes de la mère qui nourriront ses racines. Une nouvelle matrice prête pour rejouer les origines.

*

Il n’y aura pas de réconciliation verbale entre les deux frères. Il y aura beaucoup plus. Il y aura d’abord, comme le font les éléphants, retour des ossements de l’ancêtre disparu dans le lieu saint de la naissance. Il y aura ensuite le partage d’un voyage peu commun dans la matrice sacrée faite d’eau, d’argile, et de végétaux, d’où les êtres vivants sont nés. Il y aura – par la prière, la danse mais aussi le jeu, la transformation vestimentaire et la réapparition de la peau – invocation des forces meurtries de la terre, reconnaissance de leur puissance sur l’homme, qui, redonné à la nature et à son humilité, va retrouver son corps et sa possibilité de communiquer.
*
Un spectacle visuel, musical, charnel et végétal, une œuvre vivante où tous les arts auront été convoqués.
*
Pour les Aborigènes, Il faut régulièrement revenir s'abreuver de l'énergie du lieu où l'on a été conçu – sinon les arbres pourraient cesser de pousser et les étoiles de tourner. (Michèle Decoust)

Poser un acte, inconscient, instinctif et nécessaire qui va permettre aux deux frères en perdition de retrouver l’essence de leur humanité – et de survivre. Ici, replonger aux origines du monde par la recréation du Jardin sacré. Se relier ainsi à la Terre Mère et faire fleurir à nouveau le territoire dévasté de la fratrie.