La Musica Deuxième

La Musica Deuxième

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LUI, presque involontairement – Vous n’avez pas changé

ELLE – J’ai vieilli, je le sais bien…

LUI – Je ne parlais pas de votre visage. (Trouble) De visage, oui, vous avez changé un peu.

ELLE – Comment ?

LUI – Le regard surtout, je crois… vous aviez un regard très… doux et puis dès que… dès qu’on vous voyait on savait à l’avance à peu près… ce que vous alliez dire.

ELLE, raide – Ça devait être très ennuyeux… savoir à l’avance comme ça… (rire faux)

LUI – À la fin. Dans les dernier mois. Oui, c’était très très ennuyeux.

Un temps

ELLE – Il et tard.

Il n’a peut-être pas entendu.

LUI – Ah!… c’est extraordinaire que l’on puisse se parler comme ça… (Il avance vers elle, s’arête) Les derniers mois, vous vous souvenez?

ELLE – L’enfer.

LUI – L’enfer, oui.

Elle ferme les yeux, balaie l’image d’un geste de la main.

ELLE – À ce point-là ça ne doit arriver qu’une fois par existence, vous ne croyez pas ?

LUI – Quoi?

La réponse devrait être : « Un amour pareil.»

ELLE – Un enfer pareil.

LUI – Je crois (un temps) ou alors… Ou alors c’est que l’expérience… cette chose abominable, ça ne sert à rien…

ELLE – Non… ce n’est pas ça… je crois que vous vous trompez… Si ça arrive encore… J’y ai quand même pensé depuis… c’est peut-être qu’on n’a pas trouvé une autre manière de…

Elle cherche les mots.

LUI, il trouve –  … d’échapper à… la fatigue, par exemple?

ELLE, les yeux baissés – Je crois, oui. (Un temps) Vous ne croyez pas?

LUI – Peut-être que je le crois.

 

 

*Éditions Gallimard

Tous les deux dans cet Hôtel de France pendant une nuit d’été, sans un baiser, je les ferais parler des heures et des heures. Pour rien d’autre que pour parler. Marguerite Duras

La Musica Deuxième

VOIR, par Isabelle Mandalian
C’est cette femme, brillamment interprétée par Marie-Josée Gauthier qui retient toute notre attention et porte la pièce à elle seule. Douloureuse et digne, posée et retenue, sous des airs d’animal blessé et avec des répliques pratiquement chuchotées, elle nous révèle la force des survivants.

Tous les deux dans cet Hôtel de France pendant une nuit d’été, sans un baiser, je les ferais parler des heures et des heures. Pour rien d’autre que pour parler. Marguerite Duras

La Musica Deuxième

mise en scène :
John Dunn Hill, reprise par Denis Lavalou

avec
Gaétan Dumont
Marie-Josée Gauthier
Et la voix de Valérie Puech

Assistante à la mise en scène et régie : Catherine Bahuaud
Lumière : Jean Charles Martel
Trame sonore : Alain Girard

Photos de scène : Martin Beaulieu

Production THÉÂTRE COMPLICE

Diffusion

– Centre de créativité du Gesù, salle intime, dans le cadre de l’événement Les Complices du lundi (automne 1994)
– Maisons de la culture de Montréal (1995)

Tous les deux dans cet Hôtel de France pendant une nuit d’été, sans un baiser, je les ferais parler des heures et des heures. Pour rien d’autre que pour parler. Marguerite Duras

La Musica Deuxième

Résumé

Une rupture amoureuse revécue dix ans après par un couple encore déchiré.

« Ce sont des gens qui se sont aimés et qui se sont séparés. Ils sont jeunes encore. Ils ont trente ans encore, trente-cinq. Ils sont à Évreux pour le dernier acte de leur séparation, celui du jugement de divorce. Ils ne savent toujours pas ce qui leur est arrivé. Ils sont venus chacun de leur côté pour se revoir une dernière fois, mais cela, presque sans le vouloir. Dans la première partie de la nuit, leur ton est celui de la comédie, de la dispute. Dans la deuxième partie de la nuit, non, ils sont revenus à cet état intégral de l’amour désespéré.»  Marguerite Duras»

Tous les deux dans cet Hôtel de France pendant une nuit d’été, sans un baiser, je les ferais parler des heures et des heures. Pour rien d’autre que pour parler. Marguerite Duras