Archive for février, 2011

Le souffleur de verre +

Écrite par Denis Lavalou, cette pièce chorale à 13 personnages dont l’écriture a été finalisée en  2008, est une espèce de fin du monde, le début de la fin d’une certaine idée de l’humain.

Au bout du bout de la terre, douze villageois se sont enfermés dans un endroit indéterminé – bunker ou magasin général – persuadés que l’extérieur, c’est la mort. Des siècles de propagande, de «déséducation», de guerre et de désinformation les ont rendus tellement inconscients qu’ils ne se rendent même plus compte de leur état de délabrement émotionnel et cérébral. Douze animaux paralysés de terreur qui ne savent même plus pourquoi et de quoi ils ont peur, ni les horreurs qu’ils ont perpétrés dans le passé. Ils se racontent toujours la même histoire, se posent toujours les mêmes questions : quand le dernier étranger résidant au village est-il parti et qui l’a vu pour la dernière fois. Un nouvelle étranger arrive. Il pose des questions – les mêmes. On se méfie, puis on l’accueille, mais le vieil atavisme du rejet ne sera pas long à s’imposer…

« Cette époque est marquée par la destruction. Les mots succombent à la loi commune. Il est lugubre de penser au sort dénaturé des mots, à l’effroyable déperdition de sens qu’ils ont subie. Privés de l’influx de forces qui les faisaient resplendir autrefois, ils ne sont plus que les fantômes d’eux-mêmes. Pourtant, les mots sont la dernière bouée de sauvetage de ce monde qui s’en va. Bafoués, usés, les mots ne le sont pas tant qu’ils gardent tout au fond d’eux-mêmes l’âme brillante de leur sens primitif. Dans un souffle parfois, elle émerge des ténèbres de la mémoire. »  L’aveu, Arthur Adamov (1938).

À LA MÉMOIRE DE DENIS GRAVEREAUX